Interview avec les créateurs de Antes de...

© Tiene Carlier (image de répétition)

Sara Olmo et Pierre Viatour forment ensemble la Compagnie Tea Tree. Leurs performances physiques et poétiques, combinant danse et acrobatie en duo, émerveillent à la fois les plus petits et leurs grands accompagnants. Nous les avons rencontrés « juste avant » la première de leur nouveau spectacle Antes de… (2+). 

Pouvez-vous nous présenter votre spectacle ?
Sara Olmo : Antes de… veut dire « avant de ». Juste avant quelque chose. Avant de faire le premier pas. Avant de sauter. Avant d’oser se lancer. Ce moment qui peut paraître vide mais qui est en fait plein de tensions, de réflexions et d’émotions.
Pierre Viatour : Et comme notre travail est physique, une forme hybride entre danse et main-à-main (une discipline acrobatique en duo), on voulait explorer les façons d’accompagner et de soutenir l’autre à l’occasion de ces premières fois. 

Quel est le point de départ d’un tel spectacle ? Comment a débuté cette exploration ?
Pierre : Ça fait longtemps qu’on travaille sur le thème du voyage. Pas dans le sens littéral, mais comme une métaphore : un voyage intérieur, une première fois. Antes de… est aussi un voyage dans le sens large du terme. On part d’un point pour aller vers quelque chose de nouveau, et en cours de route, on change. Mais on n’est presque jamais seul quand on fait ça. Quand on est enfant, on a besoin de quelqu’un pour nous aider. En tant qu’adulte aussi.

Vous travaillez à partir d’un langage corporel très particulier : un mélange entre danse et main-à-main. Comment est-il né ?
Pierre : On s’est rencontré lors de la création de Cache-Cache au Théâtre de la Guimbarde. C’est là que les bases de notre langage corporel ont vu le jour. Nous l’avons développé par la suite avec Semilla, notre première création en tant que Compagnie Tea Tree, et nous continuons à l’explorer encore aujourd’hui. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de faire des figures pour faire des figures. 
Sara : Nous découvrons sans arrêt de nouvelles formes de portés en main-à-main : un pied sur un bras, une main sur une tête, etc. D’un coup me vient l’image d’un enfant qui ne veut pas poser les pieds au sol. Et on travaille là-dessus. L’histoire découle du mouvement. On met en même temps toujours notre technique au service de l’imagination, de la poésie. 

© Tiene Carlier (image de répétition)

Vous jouez pour les enfants à partir de deux ans. C’est souvent leur première expérience au théâtre.
Pierre : Tout à fait. Donc pour eux, c’est un « Antes de… ». Avant une nouveauté. On ressent bien cette énergie, le fait de vivre ensemble une première fois. Et on s’adapte.
Sara : C’est super important pour nous que les enfants ne nous voient pas comme des artistes mais comme des gens. Quand ils entrent dans la salle, ils nous voient et nous les voyons. Nous jouons aussi pour nous-mêmes, afin de créer le moins de distance possible entre le jeune public et nous. Plus nous ressemblons aux personnages, plus c’est facile pour eux de se connecter à nous.
Pierre : On leur montre aussi que l’on s’amuse sur scène. Et on partage cela avec eux. Si ça nous paraît juste, cela paraît juste au public aussi. C’est la base, et à partir de là, on élabore notre langage artistique, notre couleur et notre poétique. C’est pour ça qu’on est déjà sur scène quand le public arrive. On ne s’abaisse pas à leur niveau. On s’élève tous ensemble. Sur un petit plateau, mais avec une très grande expérience partagée.

Dans votre spectacle, il y a toujours un de vous deux qui prend l’initiative et qui encourage l’autre. Comment cette idée vous est-elle venue ? 
Pierre : Quand on travaille avec un partenaire, on a besoin l’un de l’autre. On a beau être fort, si l’autre n’est pas bien positionné, ça ne va pas marcher. On retrouve aussi cette interaction dans la vie. Parfois, c’est l’un qui mène, parfois c’est l’autre. C’est valable également pour les parents et les enfants, mais aussi entre amis, partenaires, frères et sœurs. Les relations sont toujours une question d’équilibre.
Sara : Au début du spectacle, je n’ose pas. Pierre m’invite. Il dit : « Allez, on y va. » Il se retrouve ensuite dans une situation délicate et c’est moi qui prends le relais. C’est à mon tour de le guider.
Pierre : C’était important pour nous : montrer que ce n’est pas toujours celui « qui est traditionnellement le plus fort » qui aide. Le plus petit peut aussi porter le plus grand. C’est valable sur scène mais également dans la vraie vie. 

Le plus petit peut aussi porter le plus grand. C’est valable sur scène mais également dans la vraie vie. 
Pierre Viatour

Comment trouvez-vous l’équilibre entre rassurer et encourager ? 
Sara : C’est simple : quand je sais qu’on me soutient, je vais oser avancer. C’est ce cadre sécurisant qui permet le développement et l’épanouissement. À un moment donné, on franchit naturellement la prochaine étape. Grâce à la confiance.
Pierre : Quand il y a de l’amour, on a tout ce qu’il faut pour trouver un équilibre entre soutien, encouragement et réconfort.

La musique de Antes de… est signée Mark Dehoux. Comment se déroule cette collaboration ?
Pierre : Mark est un très bon ami et un artiste incroyablement intuitif. Il arrive à sentir parfaitement ce dont on a besoin sur scène. Il improvise, il écoute et il s’adapte.
Sara : Sa musique n’est peut-être pas une musique « spéciale pour enfants ». Mais les enfants n’ont pas encore de références. Ils sont ouverts à tout. De la même façon, on ne fait pas de théâtre « pour jeune public ». On fait un spectacle pour tout public, accessible dès deux ans.
Pierre : Le monde n’est pas toujours doux et tendre. Pourquoi serait-ce le cas sur scène ? Les histoires autrefois et surtout les contes étaient très crus. Ils préparaient les enfants à la vie. C’est ce que Mark fait avec sa musique : sincère, riche, adaptée au moment présent.

Qu’espérez-vous que les enfants retiennent du spectacle ? 
Sara : Qu’ils comprennent que les autres peuvent aussi avoir besoin d’aide. Et que c’est eux qui peuvent apporter cette aide.
Pierre: Qu’ils aient fait un beau voyage. Et qu’ils osent eux-mêmes ensuite se lancer, qu’ils osent essayer et restent curieux.

Pour conclure : quel a été votre propre « Antes de… » ces dernières semaines ?
Pierre : Chaque représentation est une première fois pour nous. Mais cette semaine, c’est la première fois que l’on montrait au public un travail inachevé. C’était très stressant. Mais on s’est lancé et on s’est dit « Allez, on y va ».